À partir du 1er janvier 2027, les règles du cumul emploi-retraite connaissent un changement majeur. Cette réforme s’appliquera aux personnes liquidant leur première retraite à partir de cette date et concerne potentiellement 710 000 retraités actifs.
Nouveau système à trois niveaux :
La réforme instaure une architecture basée sur l’âge :
- Avant 64 ans : Le cumul devient quasi impossible. La pension sera réduite de 100 % des revenus d’activité dès le premier euro gagné.
- Entre 64 et 67 ans : Un cumul partiel est autorisé mais avec un écrêtement sévère. La pension diminuera de 50 % des revenus dépassant 7 000 euros annuels.
- À partir de 67 ans : Le cumul intégral redevient possible sans plafond ni réduction.
Impact sur les entreprises et les besoins en compétences :
Cette réforme crée un paradoxe pour les employeurs. Bien que les entreprises soient en demande de certaines compétences pointues, notamment chez les seniors, le durcissement des conditions de cumul rend le travail des retraités financièrement très peu attractif avant 67 ans.
Le système devient dissuasif pour les seniors envisageant de continuer à travailler après la retraite, ce qui peut priver les entreprises d’accès à une main-d’œuvre expérimentée. Cet effet contraste fortement avec les objectifs affichés par la réforme de 2023, qui avait au contraire encouragé le cumul emploi-retraite pour augmenter le taux d’emploi des seniors.
Risques d’économie souterraine :
Un impact préoccupant de cette réforme concerne le travail au black. L’économiste Philippe Askenazy redoute une hausse du travail informel, car le cumul emploi-retraite devient très peu intéressant financièrement avant 67 ans. Cette restriction drastique d’un système qui « marchait bien » pourrait pousser certains seniors à accepter des emplois non déclarés pour compléter leurs revenus, ce qui éroderait les contributions sociales et fiscales.
Objectifs gouvernementaux :
Le gouvernement justifie cette mesure par plusieurs arguments : réduire les « effets d’aubaine » dénoncés par la Cour des comptes, économiser 200 millions d’euros sur les comptes de la Sécurité sociale, et réserver le dispositif aux retraités les plus modestes. L’exécutif affirme également vouloir inciter les seniors les plus aisés à travailler plus longtemps avant de liquider leur retraite.
Chiffres clés :
En 2020, environ 710 000 retraités cumulaient emploi et retraite en France.
Le nombre de retraités en cumul emploi-retraite a augmenté de 75 % entre 2009 et 2020.
Les retraités en cumul emploi-retraite percevaient en 2020 une pension moyenne 20 % plus élevée que l’ensemble des retraités.